Akhor a profité des Geneva Watch Days de septembre 2026 pour présenter deux nouvelles versions de son AK-10, chacune construite autour d’un matériau de cadran que la plupart des horlogers ne touchent jamais: la stromatolite sur le modèle en or rose, le Maw Sit Sit sur la version en acier. Les deux pierres sont taillées à quelques dixièmes de millimètre et intégrées au disque de cadran supérieur suspendu de la maison, une construction brevetée à deux niveaux que la manufacture genevoise d’Anissa Bader a développée avec le fabricant de composants Clamax. Il s’agit d’une nouveauté discrète mais techniquement dense, qui en dit long sur la distance qu’une maison indépendante est prête à parcourir pour créer un cadran impossible à reproduire.
Une architecture de cadran conçue pour accueillir la pierre
La particularité de l’AK-10 ne réside pas tant dans le matériau que dans la construction qui le porte. Le cadran repose sur un système à double disque: une platine supérieure suspendue et massive porte l’aiguille des secondes au centre, tandis que les aiguilles des heures et des minutes se dissimulent sous cette platine, visibles uniquement là où elles émergent pour rejoindre le chemin de fer sur le disque inférieur. C’est la même architecture qu’Akhor avait employée sur sa première pièce, Le Temps en Equilibre, et c’est précisément ce qui rend la pierre exploitable comme matériau de cadran. Puisque le disque supérieur constitue un élément séparé et suspendu, plutôt qu’une platine de cadran imprimée ou appliquée de façon conventionnelle, il peut être entièrement dédié à une surface minérale sans compromettre la lisibilité des indications d’heures et de minutes en dessous.
Les dimensions du boîtier restent inchangées par rapport aux modèles heures seules d’Akhor: 39 mm de diamètre et 11 mm d’épaisseur, dans le profil coussin caractéristique de la maison, disponible en acier inoxydable ou en or rose 4N. La couronne reprend le clou de Paris signature d’Akhor pour une meilleure prise, des verres saphir à l’avant et à l’arrière dévoilent le cadran comme le mouvement, et l’étanchéité est garantie à 30 mètres. Le boîtier en or rose s’accompagne d’une lunette sertie de diamants taille brillant. Les deux versions sont montées sur des bracelets en alligator blanc cousus main, de 20 mm à la corne et 18 mm à la boucle, fermés par une boucle déployante en or ou en acier assortie au boîtier.
Travailler la stromatolite et le Maw Sit Sit
La stromatolite est une roche microbienne fossilisée datant d’environ 3,5 milliards d’années, l’une des plus anciennes traces physiques de vie sur Terre. Sur le modèle en or rose, elle apparaît dans des tons rouges, avec des motifs tourbillonnants d’ocre, de bordeaux et de brun qui s’accordent naturellement avec le boîtier et les appliques en or. Deux disques ne se ressemblent jamais, le veinage étant le témoin d’un dépôt géologique et non un motif que l’on pourrait concevoir ou reproduire à volonté.
Le Maw Sit Sit est plus rare encore, au sens strict du terme: il ne provient que d’une seule source, les contreforts de l’Himalaya birman, dans l’État Kachin, près du village qui lui a donné son nom. Le gemmologue suisse Eduard Gübelin l’a formellement identifié en 1963, ce qui en fait un ajout relativement récent au catalogue de la gemmologie. Sa couleur est un vert intense, presque électrique, traversé de veines minérales sombres, et sa composition minérale est dominée par la kosmochlore. Cette composition le rend également particulièrement exigeant à tailler. Sur l’AK-10 en acier, il se déploie face au cadran inférieur satiné soleil blanc et à ses index appliqués en nickel, un contraste volontaire entre le vert minéral et le blanc métallique.

C’est dans la réduction de ces pierres à l’épaisseur d’un cadran que se joue la véritable déperdition. Un bloc minéral massif doit être amené à quelques dixièmes de millimètre avant de cesser de se comporter comme une masse et de devenir une couche fine, laissant passer la lumière. À cette épaisseur, une fissure cachée ou une tension interne invisible dans la pierre suffit à faire éclater le disque sous la moindre pression de coupe excessive, et une partie des disques ne survit tout simplement pas au процессus. Seul un disque fini et poli ayant passé cette épreuve est monté dans le boîtier.
Le calibre en dessous
Les deux montres abritent le calibre à remontage manuel AK10, développé pour Akhor et produit par Clamax, mesurant 31,3 mm de diamètre et 3,9 mm d’épaisseur. Il bat à 28 800 alternances par heure, offre une réserve de marche de 60 heures grâce à un barillet unique, et se compose de 117 composants avec 12 rubis, dont un balancier à inertie variable et un mécanisme d’arrêt seconde pour une mise à l’heure précise. Les finitions incluent un anglage effectué à la main, des Côtes de Genève en éventail et des ponts décorés. Le mouvement porte le Poinçon de Genève et est certifié à la fois par l’Observatoire Chronométrique de Genève et le COSC, réunissant ainsi une certification chronométrique indépendante et le Poinçon de Genève sur un même calibre.
Compte tenu des pertes liées à l’extraction et à la taille des disques de pierre exploitables, ainsi que de la charge de certification déjà portée par le calibre AK10, les deux modèles resteront probablement limités par le matériau lui-même autant que par tout chiffre de production annoncé. Davantage de détails sont attendus à mesure qu’Akhor finalise la disponibilité de ces pièces via ses propres canaux.