ArtyA dévoile une nouvelle version de la Complexity, sa montre à double tourbillon incliné signée par la marque indépendante genevoise, cette fois construite autour des finitions manuelles plutôt que de la seule démonstration mécanique. Baptisée Complexity Métiers d’Art, la pièce conserve l’architecture inédite présentée plus tôt cette année: deux tourbillons inclinés, positionnés à 12h et 6h, reliés par un différentiel. Ce qui change ici, c’est le traitement de chaque surface visible, intérieure comme extérieure, à travers la gravure, le martelage, le sablage, le perlage et l’anglage poli à la main.
Le boîtier lui-même est le point de départ pour comprendre l’allure de cette montre. Taillé dans un bloc massif de saphir synthétique, il mesure 42mm par 48mm pour 13mm d’épaisseur, avec une construction à triple concavité qui, selon ArtyA, épouse les contours du poignet malgré la complexité mécanique qu’elle abrite. Cette forme de boîtier n’est pas décorative. Elle existe parce que le mouvement exige des dômes en saphir à 12h et 6h pour dégager et grossir les deux cages de tourbillon, situées aux pôles opposés du cadran plutôt qu’en position basse conventionnelle unique. Il en résulte un boîtier dont l’asymétrie relève de la nécessité: la géométrie du mouvement dicte celle du verre qui l’entoure.
Produire une telle forme dans du saphir massif n’est pas une mince affaire. ArtyA indique que la géométrie du boîtier nécessite plus de 120 heures d’usinage diamant et plus de 140 heures de polissage. La dureté du saphir le rend résistant aux techniques classiques de mise en forme des boîtiers, de sorte que le profil à triple concavité, les ouvertures bombées et la construction transparente doivent tous être obtenus par des procédés abrasifs plutôt que par emboutissage ou moulage. Même la couronne est en cristal facetté, prolongeant le thème de la transparence jusqu’à un composant que la plupart des montres finissent en métal.
Parce que le boîtier est transparent, il ne dissimule pas le mécanisme, il le met en scène. Les deux dômes en saphir agissent presque comme des fenêtres intégrées directement à la forme sculpturale du boîtier, plutôt que comme des fonds de démonstration plats vissés sur une carrure conventionnelle. C’est une conséquence structurelle du logement de deux régulateurs inclinés au lieu d’un seul tourbillon plat: le boîtier doit se soulever et se bomber à deux endroits distincts pour laisser aux cages Conillon l’espace nécessaire à leur rotation selon leurs trajectoires coniques.
Un cadran pensé autour de la gravure, non de la symétrie
Le cadran suit la même logique. Sa base est finement sablée, puis gravée à la main au burin, qui trace des rayures individuelles rayonnantes sur toute la surface. Les index appliqués arborent des biseaux polis à la main, avec des flancs travaillés au brunissoir carbone et des faces supérieures laissées sablées afin de s’intégrer au cadran texturé plutôt que d’entrer en concurrence avec la gravure. Il n’existe pas ici de cadran conventionnel courant d’un bord à l’autre; les deux ouvertures de tourbillon interrompent ce qui serait autrement une surface continue, obligeant le motif gravé à composer avec deux points focaux plutôt que de rayonner depuis un centre unique.
Le mouvement: calibre Complexity-01
L’énergie provient du calibre manufacture à remontage manuel Complexity-01, développé avec Purtec Sarl à Vallorbe. Sa caractéristique déterminante est la paire de régulateurs Conillon, chacun suivant une trajectoire conique plutôt que cylindrique, destinée à aider à compenser les effets de la gravité lorsque la montre change de position verticale. Les deux cages tournent en sens opposés, chacune effectuant un tour complet en 30 secondes, tandis qu’un différentiel répartit l’énergie entre elles et moyenne leurs marches. Le mouvement bat à 21 600 alternances/heure, offre une réserve de marche de 50 heures, et se compose de 287 composants répartis sur 44 rubis. Pris isolément, le calibre mesure 37,5mm de large et 30mm de long, pour atteindre 38,2mm une fois les tourbillons montés; sa hauteur est de 9,05mm, ou 14,1mm avec les ensembles de tourbillon inclus.
Pour cette édition Métiers d’Art, ce mouvement reçoit la même intensité de finition que le boîtier. Les surfaces supérieures sont sablées à la main, les surfaces inférieures martelées à la main pour créer du relief, et chaque angle est anglé et poli à la main. Les creux de la platine autour du différentiel portent un perlage manuel, les flancs sont travaillés au brunissoir carbone pour s’accorder au traitement du cadran, et une moulure polie sur le pont central encadre le mécanisme. Un traitement rhodié noir assombrit le fond afin que les arêtes polies et les surfaces texturées s’en détachent. Une plaque numérotée est gravée à la main, reliant chaque pièce à sa place dans la série de production.
Disponibilité
La montre se porte sur un bracelet en caoutchouc intégré, muni d’une boucle déployante ArtyA. La version en boîtier saphir est limitée à neuf exemplaires numérotés individuellement, disponibles sur commande auprès d’ArtyA Genève et de revendeurs officiels; une version sertie de rubis sang de pigeon est également proposée. Pour une marque construite sur des partis pris mécaniques inhabituels, la Complexity Métiers d’Art constitue un test direct de ce que les finitions manuelles peuvent apporter à un matériau de boîtier, et à une architecture de mouvement, que la plupart des ateliers jugeraient déjà suffisamment difficiles à produire sans ornementation.