Roger Dubuis a clôturé sa trilogie des Chevaliers de la Table Ronde consacrée à Merlin avec la Metamorph Merlin, une montre en or rose de 45mm qui accomplit ce que les deux chapitres précédents n’avaient pas tenté: elle déplace la narration du cadran vers le boîtier lui-même. Limitée à 28 exemplaires, la montre associe des flancs de boîtier gravés main à un cadran tridimensionnel composé de 57 blocs et au calibre automatique manufacture RD821, ce qui impose une véritable remise en question de la manière dont un boîtier est construit lorsqu’il n’est plus un simple contenant pour le mouvement.
Graver la carrure: une nouvelle surface pour le design du boîtier
Les précédents chapitres de l’histoire de Merlin, l’Omniscient Merlin de 2024 et l’Enchanter Merlin de 2025, cantonnaient le travail des métiers d’art au cadran. La Metamorph change la donne. Le flanc droit du boîtier présente une zone en retrait gravée main en micro-relief, montrant Merlin sous sa forme humaine et sous sa forme animale, en référence à la transformation du magicien en cerf blanc. Le flanc gauche est gravé de chevaliers, dont une figure centrale terrassant un dragon. Il s’agit, dit-on, de la première fois que la collection étend la gravure main au boîtier, ce qui signifie que la carrure doit désormais assumer une double fonction: elle demeure un habitacle structurel étanche (résistance à 30m) tout en servant de support entièrement enveloppé de reliefs narratifs. Creuser une zone de gravure en retrait dans une paroi de boîtier en or sans compromettre les surfaces d’étanchéité ni la géométrie d’assemblage avec la lunette et le fond n’est pas un problème d’usinage anodin, ce qui explique que ce traitement ait attendu le dernier chapitre de la trilogie pour apparaître.
La couronne et ses gardes reprennent le même langage visuel, façonnées comme la garde d’une épée en référence à Excalibur, la couronne elle-même étant rehaussée d’un anneau en verre vert qui évoque le cadre forestier de la légende.
Architecture du boîtier et anneau en verre saphir
Le boîtier mesure 45mm de diamètre pour 16,87mm d’épaisseur, cette épaisseur s’expliquant directement par un anneau en verre saphir saillant positionné sous la lunette. Cet anneau, combiné à une glace saphir bombée traitée antireflet, confère à la montre sa caractéristique ergonomique et optique déterminante: une vue latérale sur l’animation du cadran. La lumière pénètre à la fois par cet anneau et par le dessus, illuminant la scène tridimensionnelle et, fait notable, le dos des douze chevaliers disposés autour du pourtour du cadran. La lunette elle-même est crénelée, un détail qui, associé à l’anneau en verre saphir, encadre ces ouvertures latérales plutôt que de refermer le boîtier sur une silhouette conventionnelle à sommet plat. Un fond ouvert doté de sa propre glace saphir complète la construction, offrant une vue sur les finitions du mouvement depuis l’envers.
La lisibilité du cadran au cœur d’un paysage sculptural
Lire l’heure sur un cadran aussi dense pose sa propre question d’ingénierie. Les 57 blocs façonnés individuellement qui composent la scène sont réalisés à partir d’un mélange de verre sablé à revêtement CVD vert, d’or rose poli, de verre transparent à revêtement CVD vert, de verre transparent uni, et d’incrustations de sol en Crystalium également finies en CVD vert. Chaque bloc se situe à une hauteur différente, si bien que le cadran se lit moins comme une surface plane que comme un paysage étagé, un effet que la Maison relie à la forêt dense où Merlin aurait pris la forme d’un cerf. Le temps lui-même est indiqué par des aiguilles des heures et des minutes ajourées en or rose, remplies de Super-LumiNova verte, assorties à des index en or fixés sur une flasque à revêtement CVD vert disposée derrière le cercle de chevaliers. La lisibilité repose ici sur la cohérence de cet accord de couleurs et de matières maintenue à travers cinquante-sept surfaces distinctes présentant des hauteurs et des finitions variables, plutôt que sur un cadran plat conventionnel à index imprimés ou appliqués.

Les douze chevaliers mesurent chacun 6mm de haut, fondus et finis main en or rose massif, chacun porteur d’une arme et d’une posture médiévales distinctes; le Roi Arthur, armé d’Excalibur, occupe la position de midi. Chaque figure nécessite environ trois jours de finition manuelle par un graveur spécialisé, incluant la sculpture, la gravure et l’application d’une patine noire destinée à construire contraste et profondeur sur une pièce plus petite qu’un bout de doigt.
Une architecture de mouvement bâtie autour du cadran, et non l’inverse
Le calibre automatique RD821 a été conçu spécifiquement pour accueillir cette architecture de cadran tridimensionnelle tout en conservant des proportions de boîtier cohérentes avec le langage Excalibur établi par la Maison. Le mouvement mesure 25,9mm par 3,5mm, bat à 28 800 alternances/heure (4Hz) et offre une réserve de marche de 48 heures grâce à un rotor squeletté doré à 360°, dont le motif ajouré s’inspire des vitraux. Composé de 172 composants et 33 rubis, le calibre présente 14 finitions manufacture distinctes appliquées pour répondre aux exigences du Poinçon de Genève, visibles à travers le fond ouvert.
La Metamorph Merlin est livrée sur un bracelet en veau vert doté d’une boucle déployante triple en or rose, montée grâce à un système de changement rapide permettant l’interchangeabilité. Chapitre conclusif d’une trilogie qui a débuté avec l’Omniscient Merlin et s’est poursuivie avec l’Enchanter Merlin, cette pièce marque le moment où Roger Dubuis a étendu son langage de cadran hexagonal, introduit à l’origine en référence aux colonnes basaltiques de la Chaussée des Géants, jusqu’à en faire un objet narratif complet mêlant boîtier et cadran, avec une production limitée à 28 exemplaires.